Devant la porte

Je me suis souvent demandé quel serait mon premier « vrai » article dans ce blog tout neuf. J’ai des milliers d’idées, évidemment, et je ne sais pas trop quoi choisir. Et puis, il y a trois jours, mon fils a eu six mois. Déjà?

Comme tous les parents, quand on arrive à un stade important de la vie de notre enfant, on éprouve une certaine nostalgie, même que ce n’est « que » les 6 mois de notre enfant. Pour ma part, j’ai repensé durant toute la journée du 25 juin à la journée du 24 et du 25 décembre. Puis, bien sûr, j’ai repensé à toute ma grossesse, qui, comme vous vous en doutez, a été un peu folklorique.

Je suis tombée enceinte plus tôt que prévu, c’est un fait. J’ai quand même eu la chance de n’avoir aucun souci majeur pendant ma grossesse: heureusement, en fait, parce que je continuais mes études et mon mari aussi. Une semaine avant mon accouchement, je passais mon dernier oral de partiel, en essayant de ne pas rire devant la mine éberluée de mon professeur. (D’ailleurs, je suis toujours étonnée de voir à quel point mes professeurs et mes camarades ont bien pris la nouvelle! Pour certains, la réaction des autres n’est pas importante, mais nous sommes dix dans ma promotion, et les professeurs nous connaissent tous très bien, donc pour moi, c’était important. Bref!). Le 24 au soir, j’ai perdu les eaux, et Antoine nous a rejoint le 25 à midi. Je ne garde pas spécialement un bon souvenir de mon accouchement en lui-même (pas assez d’écoute de la part du corps médical), mais je ne pourrais jamais oublier le premier cri de mon fils, ni les premiers moments passés avec lui.

Le séjour à l’hôpital a  été lui aussi plus que banal. J’avoue avoir attendu le jour de ma sortie avec impatience, ayant les hôpitaux en horreur.

Donc, le dernier jour, on attend la dernière visite du pédiatre, son aval (tu parles, il est resté deux minutes et est reparti de la chambre sans même m’avoir regardé), la dernière tétée. On range toute la chambre, en essayant de rien oublier (mon Dieu, qu’est-ce qu’on accumule comme chose quand on a un bébé…), on saucissonne notre fils dans sa combi-pilote, une petite crise à gérer (on a du utiliser deux-trois fois la combi au maximum, je sais pas les vôtres, mais le nôtre, c’était non, non, non et non pour ça!) et enfin, on le dépose dans le landau.

Je tourne les talons, poussant fièrement le landau, et là… Je me suis retrouvée devant la porte de ma chambre d’hôpital. Pendant toute la durée de mon séjour, j’avais eu les aides-soignantes et les puéricultrices qui accourraient au moindre problème. Dès que je le mettais mal au sein ou qu’il hurlait sans s’arrêter, je pouvais compter sur quelqu’un pour me rassurer, me guider. Derrière cette porte, c’était littéralement le saut dans l’inconnu. Tout a commencé à tourner autour de moi, et j’ai fondu en larmes.

Mon pauvre mari qui supportait avec une patience incroyable mes jérémiades à base de « j’en ai marre de l’hôpital, j’ai aucune intimité, je veux rentrer retrouver mon lit », le voilà désemparé face à sa femme sanglotante, qui balbutiait entre ses larmes: « On ne va pas y arriver, je veux rester, j’ai peur, et si il se réveille sur le trajet (on devait rentrer en métro, youhouuu) (je ne comprends toujours pas pourquoi je faisais une fixette sur le trajet, ceci dit), et s’il attrape froid, un rhume mortel? » Je vous passe tout le discours, je ne suis même pas sûre que je me souvienne exactement ce que je disais. Mais la vérité était là: moi, la fille qui avait toujours toujours voulu être maman, qui n’aspirait qu’à ça, ou presque, qui était sûre, certaine que je m’en sortirais, je paniquais.

Alors bien sûr, je ne dis pas que la fatigue n’a rien à voir dedans, qu’on se le dise, les nuits à l’hôpital avec un nouveau-né, ce n’est pas un séjour au thalasso, évidemment. Mais pourquoi d’une telle intensité? Pourquoi à ce moment-là?

On lit souvent que l’on devient maman au premier regard échangé avec son enfant. Pour moi, j’ai été maman au sortir de l’hôpital, devant la porte de ma chambre, mon enfant paisiblement endormi dans son landau, mon mari me consolant comme il pouvait à mes côtés.

Devant la porte de cette chambre, j’ai pris réellement conscience de l’intensité de l’amour que j’avais pour mon fils, j’ai pris conscience aussi de l’importance de ma tâche en tant que maman.

C’est exactement ce que je voulais dire dans mon premier article, finalement: nous, mamans, devenons réellement mamans au moment où nous nous y attendions le moins (et les pères aussi, sûrement, mais je ne suis pas père, donc je laisserai le soin à mes lecteurs masculins, s’il y en a, d’en discuter). Cela renvoie à une certaine humilité, non? Reconnaître que nous sommes mères, mais reconnaître aussi notre faiblesse dans ce rôle…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s